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La lettre qui confond Hounsou Guèdè
Léonce HOUNGBADJI
Chaque jour que Dieu fait, le dossier relatif au projet de dragage et commercialisation de sable lagunaire et/ou continental à Abomey-Calavi connaît un rebondissement.
Dans une correspondance en date du 26 janvier 2010 adressée au président de l'école supérieure d'économie et de gestion (Eseg), le maire de la commune d'Abomey-Calavi, Patrice C. Hounsou Guèdè, a reconnu qu'il y a des «vices de procédure administrative» dans la mise en œuvre dudit projet.
Selon lui, un «tel projet devrait requérir au préalable la délibération du Conseil communal». Il poursuit en indiquant que «la signature d'un contrat de conduite d'opération devrait obéir à une procédure règlementée par le décret ci-dessus cité en référence».
Et comme si cela ne suffisait pas, il met en demeure le président de l'Eseg de prendre toutes les dispositions pour lui faire parvenir dès réception de la présente lettre les statuts de sa société à même de prouver que ses activités principales sont du domaine de la conduite d'opération; son agrément au titre de la conduite d'opération délivrée par le Gouvernement conformément à l'article 24 du décret, ses références professionnelles et une caution bancaire couvrant les avances sur ses honoraires. «Ces documents fournis, me permettront de soumettre le dossier à l'examen du Conseil communal qui pourrait se réunir en séance extraordinaire le vendredi 29 janvier 2010 à 10 heures», a-t-il souligné. La réponse de l'Eseg ne s'est pas fait attendre.
Dans un courrier adressé au maire le 29 janvier 2010, le Président de l'Ecole supérieure d'économie et de gestion (Eseg), Ambroise Akpatcha, chargé de conduire les études de faisabilité dudit projet, a rappelé à Patrice Hounsou Guèdè, ses engagements vis-à-vis de son école.
«En accusant réception de votre lettre citée en référence le 27 janvier 2010, je voudrais tout d'abord vous dire toute ma stupéfaction face à la démarche que vous tentez d'entreprendre à travers cette correspondance. Avec tout le respect qui est dû à une autorité de votre rang, je ne pensais pas qu'un responsable à un niveau aussi avancé dans la gouvernance locale et à la tête de la Mairie d'Abomey-Calavi, l'une des plus importantes villes du Bénin, pouvait aussi facilement verser dans une tentative consistant à se dédire lui-même et essayer de fuir ses responsabilités et ses engagements...
Nous sommes ahuris de savoir que vous nous demandez maintenant, après coup, c'est-à-dire après l'exécution effective des travaux commandés par vous, et soit huit mois après la signature du contrat, de vous produire des documents afin que vous convoquiez votre Conseil communal pour demander sa délibération. Cette délibération, assortie d'une autorisation du Conseil communal, aurait dû être préalable», estime Ambroise Akpatcha dans son courrier. Et ce n'est pas tout.
Il est allé très loin, en ces termes: «monsieur le maire, en apprenant officiellement ce jour par votre lettre citée en référence que depuis huit mois maintenant que nous travaillons sur ce dossier, le conseil communal n'en est toujours pas informé, malgré toutes les assurances que vous m'avez données à moi et à mes partenaires que tout se déroulait selon les procédures en vigueur et dans le respect des textes et lois de la République, nous sommes peinés et déçus par votre gouvernance que je m'abstiens de qualifier par respect pour votre autorité...
Vous devez donc assumer et faire face à vos responsabilités. En essayant de renier notre travail, ce serait renier votre propre autorité, votre propre signature, et les engagements que vous avez pris vous-mêmes en toute connaissance de cause.
Et cela, vous pouvez compter sur nous, nous ne le permettrons pas. Si vous nous y obligez, nous utiliserons tous les moyens légaux disponibles pour faire respecter le contrat et vous faire respecter vos engagements. Car c'est aussi un enjeu de développement et de bonne gouvernance où dans votre position de dirigeant à l'échelle locale, vous devez constituer une force d'exemple, par le respect de vos engagements contractuels, le respect de la légalité, tout simplement». Le paradoxe A l'analyse de ce dossier, on a l'impression que le maire mélange les pédales. Dans son propre courrier, il a reconnu qu'il a fait des fautes graves.
Dès lors, il ne peut plus demander des comptes à l'Eseg qui a rempli sa mission conformément au contrat N°21/011//C-Ac/Sg/Dr/Dst/Sac qui lie les deux parties. Nulle part dans ce contrat, il n'a été question des pièces demandées par le maire. Du moment où la faute commise est reconnue par son auteur, la mairie devrait chercher un compromis au lieu d'envoyer une lettre incendiaire à l'Eseg. En réalité, cette lettre ne rend pas service à Hounsou Guèdè. Et tel qu'elle a été écrite, tout porte à croire que ce n'est pas lui-même qui l'a rédigée. Si tel est le cas, le cadre de la mairie qui l'a faite doit être interpellé.
Car dans ces genres de condition où la mairie n'est pas en position de force, elle n'a pas intérêt à allumer le feu, mais à l'éteindre par la voie du dialogue. C'est la preuve que le maire n'est pas bien conseillé. Il donne l'impression qu'il n'a pas de conseillers compétents pour l'aider à gérer les situations difficiles. Sinon, il n'allait pas paniquer. De toute façon, ladite lettre est un aveu qui montre clairement la mauvaise gouvernance à Abomey-Calavi. Il est temps que les conseillers communaux se saisissent de se dossier. L'Ige aura aussi l'amabilité de faire une descente sur le terrain.




