News
Dr José Koussemou au sujet des critiques relatives à la politique sanitaire du Gouvernement
«Ce qui est déplorable est que l'opposition en retour, ne propose rien de concret»
Au détour de la cérémonie de remise d'un lot de matériels médicaux au Ministère de la Santé il y a quelques jours, Dr José Koussemou, vice président de l'ONG ORE-DOLA a donné son point de vue sur la politique sanitaire du Gouvernement. Médecin psychiatre et psychanalyste, en République Allemagne Fédérale, Dr Koussemou estime qu'il faut apprécier les efforts du Gouvernement dans le sens de l'amélioration de la santé des populations. Dans ce cadre, il déplore les critiques vaines de l'opposition qui ne propose rien de concret en retour. Cependant, il estime qu'une meilleure gestion des hommes, la dépolitisation de l'administration et une vision prospective des plans de carrière des agents de la santé permettraient de guérir les maux dont souffre le secteur.
Outre les nombreux dons de matériels médicaux pour soulager les peines des populations béninoises, votre Ong s'est investi dans la formation de cadres béninois dans certains domaines de pointe. Comment cela s'est-il passé?
L'Ong OGA-DOLA qui évolue sur le terrain depuis près de trois (3) ans s'est également investi dans l'échange des compétences entre les médecins allemands et leurs homologues béninois. Au mois de juin dernier nous avons participé à la pose des fistules artéro-veineuse au Centre National hospitalier Universitaire Hubert Koutoukou Maga de Cotonou. C'est d'ailleurs dans ce cadre que nous avons fait venir en Allemagne un chirurgien béninois pour se faire former dans ce domaine. C'est dire que nous ne nous contentons pas de porter une assistance au secteur de la santé au Bénin, mais également, nous oeuvrons pour le transfert des compétences. Le professeur Mehinto qui, grâce à notre Ong a bénéficié de cette formation très recherchée est déjà revenu au Bénin et a commencé par opérer les fistules au CNHU-HKM. Ceci pour le bonheur des malades qui avaient grand besoin de spécialistes pour ces opérations.
Quel regard portez-vous sur la gestion du secteur de la santé au Bénin?
Le constat général est que les conditions de travail des médecins sont assez difficiles. Nonobstant cela, ces derniers s'attellent à la tâche avec sérieux et abnégation. Par rapport à cela je tiens à leur rendre hommage. L'autre fait qui frappe à l'œil quand on s'intéresse un tant soit peu au fonctionnement du secteur de la santé au Bénin, c'est qu'il n'y a pas une bonne gestion des ressources humaines. Par exemple, il y a des hôpitaux notamment publics, où il y plus de médecins qu'il n'en faut, alors qu'il y en a d'autres qui en manquent cruellement. De la même façon, il y a une mauvaise politique de promotion des cadres qui fait que ce ne sont pas toujours les mieux outillés et disposant du meilleur profil qui occupent les postes de responsabilité. Pour ne citer que ces quelques exemples là. Nous saluons par contre les innombrables efforts que ne cesse de déployer au quotidien le Gouvernement du Dr Boni Yayi dans le domaine de la santé pour le bien-être des populations de nos villes et campagnes. Mais nous croyons quand même qu'il va falloir revoir le tableau de bord en ce qui concerne la valorisation des ressources humaines. Car pendant longtemps, l'Etat a fait former beaucoup de cadres en santé publique. Maintenant, il est plus qu'impérieux de former des spécialistes dont le manque est plus que criard dans nos formations sanitaires. C'est vraiment très dommage et regrettable pour l'hôpital de référence du Bénin qu'est le CNHU qui existe depuis des dizaines d'années et qui n'a pas par exemple un chirurgien vasculaire encore moins un chirurgien thoracique.
C'est vraiment incompréhensible quand on sait que le Bénin a été «le quartier latin de l'Afrique» et que quand vous allez dans certains pays comme, le Sénégal, le Mali ou la Côte-d'Ivoire, il y a tous ces spécialistes. Donc, il va falloir que la Direction des ressources Humaines au niveau du Ministère de la Santé élabore un nouveau plan de formation qui tienne compte des spécialités qui font défaut dans nos formations sanitaires. Cela permettra de négocier avec différents partenaires (publics comme privés) de l'Etat béninois des bourses de formation dans lesquelles il faut investir pour gagner l'avenir. Parce qu'on fait le constat que malgré le fait qu'il y a beaucoup de médecins formés dans le domaines de la santé publique, cela n'a pas développé le secteur de la santé au Bénin. Imaginez que pour une population de près de 7 millions d'habitants il n'y a que deux (2) neuphrologues. Un (1) sur le territoire national à savoir le Dr Agboton et le Dr Vigan qui vient de finir.
Que pensez-vous des critiques de l'opposition par rapport à la gestion que fait le pouvoir du secteur de la santé?
Pour ma part je trouve cela tout à fait normal que quand on est pas au pouvoir on se batte pour le conquérir. Car l'alternance est l'essence même de la démocratie. Et critiquer les actions du pouvoir en place participe de cette dynamique. Mais ce que je déplore chez les leaders de l'opposition béninoise, est le fait qu'ils ne proposent rien de concret en retour. Car, s'ils font des critiques pour dire que la politique sanitaire du Gouvernement n'est pas bonne, où bien qu'il y a mauvaise gestion dans tel ou tel autre domaine, ils doivent dire de manière précise ce qui ne va pas et proposer ce qu'ils feront quand ils seront au pouvoir. De manière générale, quand je prends les partis politiques notamment ceux de l'opposition, force est de constater qu'ils manquent de vision en ce qui concerne le secteur de la santé. Il ne s'agit pas de soutenir les travailleurs du secteur de la santé quand ils sont en grève mais de faire des propositions concrètes qui emportent l'adhésion des populations. Mais qu'est-ce qu'on constate? Rien de tout cela, si ce ne sont pas des critiques vaines.
Avez-vous un message à lancer en direction des autorités béninoises?
En direction du Gouvernement je voudrais dire qu'à l'instar de l'éducation, le secteur de la santé est un secteur prioritaire pour le développement. Pour cela, j'en appelle à une dépolitisation des structures du Ministère de la Santé. Le Gouvernement dois faire appelle à des technocrates réputés capables de régler les problèmes du secteur et non à des gens qui sont des politiques. En somme, l'homme qu'il faut à la place qu'il faut. Car une telle manière de faire ne va pas régler les problèmes du secteur de la santé au Bénin. Il faut des gens qui ont la compétence, la vision et un carnet d'adresses bien fournir pour aider le Bénin à améliorer son système sanitaire.
Propos recueillis par Cécil Ahouélété Adjévi




